Mon Père, Mon Gãndaoogo
Mon Père, Mon Gãndaoogo
Samand Naaba Yir Ba-raoogo
Né vers 1953 - Décédé le 1er Avril 2019
Bibliographie
Mon père Kaboré Noaaga Grégoire est originaire de Goundry, canton de Zorgho, province de Ganzourgou dans la région du plateau central au Burkina Faso. Il est fils de Kaboré Ges-y-m (paix à son âme) et de Kaboré Noaaga (paix à son âme). Son père adoptif était Kaboré Zud-yaooba (paix à son âme) surnommé « Zapa ».
Après ses séjours en Côte d'Ivoire aux côtés de ses nombreux proches en Côte d'Ivoire et de son frère aîné Lassané Kaboré marié et vivant en Côte d'Ivoire, il s'installe définitivement au Burkina Faso à Ouagadougou dans le quartier de Gounghin-Nayalgué dans les années 1970s.
Il se maria à notre très chère ravissante mère Noelie Yir-waooga Tapsoaba, originaire du village de Ramongo dans la province du Boulkiémdé, à Koudougou, région du centre-ouest du Burkina Faso. Elle est la fille de Tapsoba Barthélémy (Paix à son âme) et de Sawadogo Marie Thérèse (paix à son âme). Ma famille maternelle s'est installée à Tampouy à Ouagadougou avant l'urbanisation de ladite ville.
Pour avoir fait la Côte d'Ivoire il parlait en plus du mooré un peu le français et le dioula.
Illettré de l'école du blanc mais intellectuel de la tradition Moaaga, il s'inscrit en cours du soir jusqu'à la naissance de son premier fils, notre frère aîné Désiré Kaboré en 1975. S'en est suivi la naissance de mes autres frères : Wend-pagnagde Dieudonné (paix à son âme), Kaboré Palingwẽnde Toussaint, Kaboré Wẽnd-la-sɩda Jean Bosco, Kaboré Bao-wẽnd-sõm Julien, Kaboré Constantin Wẽnd-pʋɩɩre et moi-même Kaboré Kɩs-Wẽnd-Sɩda Robert. Il laisse derrière lui plus de vingt petits fils et arrière petits fils.
Après ses nombreuses expériences en maçonnerie auprès des blancs en Côte d'Ivoire, il ouvre sa propre société de maçonnerie à Ouagadougou. Son travail l'a amené à Fada N'Gourma, Tenkodogo, Kaya, Ziniaré, Koudougou, etc. Malgré ses multiples tâches, il n'oublie pas la raison de son existence, la culture. Amoureux du « Rog-n-miki », et à la demande du Naaba de Gounghin-nayalgué, il prend le bonnet en tant que chef auxiliaire. Son nom de chefferie est Samand Naaba Yir Ba-raoogo. Convaincu du lien sacré de la famille, il prend comme principal « Zab-yʋure » ou non-programme
: « Ba-raoog pãng la a yiri » La force du chien mâle, c'est chez lui. Son sens de ce Zab-yʋure est : il a tout le soutien des membres de la famille et rien ne peut lui arriver tant qu'il joue son rôle de protecteur.
Leçons de vie
1. La famille est notre tout
Mon père aimait dire que : « Rogem ya yũugu ». Ce proverbe démontre les liens sacrés de la famille. Par ce proverbe, mon père nous conseille de toujours travailler à maintenir les liens du « buudu » (de la famille) car les amis peuvent être remplacés mais jamais les membres de la famille.
2. Aimer sa culture c'est s'aimer soi-même
Mon Naaba me faisait des cadeaux quand j'essayais à ma tendre enfance de prononcer les mots et expressions en mooré difficilement prononciables pour un enfant comme « Ra-paog-wẽnde », « pʋ-peelem ya tɩɩm », « gome n lubã são pame n lub », « Rũnda ya wagdrã daare, beoog fãa ya bũmb soab n so ». A ma grande surprise, ces expressions étaient des mots de mise en garde assimilables aux dix commandements chrétiens. Il était fier de me voir maîtriser le Moore. Il était convaincu que si la France finance des milliards pour qu'on parle le français dans le monde, c'est que la langue a un pouvoir sur la conscience. Il ajoute que « buud-gom ya tẽng-n-biis kʋɩlem-bila » pour dire que chaque peuple communique avec son environnement à travers sa langue. Il aimait prendre exemple du « babenda», un repas traditionnel du terroir moaaga. Il dit que ce mot ne sera jamais traduit en français parce que l'environnement français ne reconnaît pas la fonctionnalité de ce mot.
3. Respectez les aînés
Mon chef aimait utilisait des proverbes qui justifient la sagesse des aînés. Par exemple : « Yãag nin pɛɛla la ka ne yɩɩg ye ». Ce proverbe veut dire : les vieux prennent des décisions à long terme et les enfants à court terme. « Nin-kẽem nõor la yũugu a goam ka yũug ye ». Ce proverbe veut dire que les paroles des vieux sont empreintes de sagesse. « Waoog kasem, a ka yʋʋr ye, ya f me na wa lebg kʋdre ». Ce proverbe veut dire : l'enfant est le vieux de demain donc il a le devoir de respecter les vieux s'il veut se faire respecter un jour. Il était convaincu que c'est Dieu qui a voulu que l'aîné soit tel et non le contraire.
Deux ans sans toi c'est trop dur papa
Paix à ton âme
Yaab-rãmb na reeg-y maasmẽ
Saam-dãmb na sɛgl-y sɛgl sõngo
N.B: « Gãndaoogo » : héro
« Ges-y-m » : Regardez moi
« Zud-yaooba » : j'ai peur de la nouvelle génération
« Noaaga » : gallinacé, poule en tant qu'espèce
« Zapa » : cordonnier
« Buudu » : famille ou communauté
« Naaba » : chef, autorité
Rog-n-miki : culture
Votre fils Robert Kiswendsida Kaboré
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